Lune-Azur Éditions WL-Blue Roses
Extrait offert · La Lectrice des Vestiges

Partie I — Les voix sous la glace

Chapitre 1 — La fille de la bibliothèque

Annhild Prost · 1er des 3 chapitres offerts

Le fragment refusait de vieillir correctement.

Je l’avais posé sur un carré de feutre gris, entre une loupe dont la monture penchait à gauche et une tasse de tisane oubliée depuis assez longtemps pour ne plus mériter ce nom. C’était une petite pièce de cuivre, large comme deux doigts, trouvée dans le mur du vieux moulin de Nareth. Le meunier l’avait apportée à Ivar en espérant un sceau royal aux armes de Karseld, une relique sacrée ou à défaut, un objet ancien à montrer aux clients pendant qu’ils attendaient leur farine.

Il aurait été déçu par ma conclusion.

— Un poids de balance, dis-je.

Ivar ne leva pas les yeux du registre qu’il copiait près du poêle.

— Tu affirmes cela depuis une heure.

— Depuis quarante-deux minutes.

— Alors, le fragment a peut-être eu le temps de devenir autre chose.

Je tournai le cuivre sous la lampe. Une face portait encore le reste d’un motif rayonnant, mangé par l’oxydation. L’autre avait été limée, puis polie par des centaines de contacts au même endroit. Pas le poli doux d’un objet gardé contre la peau. Quelque chose de plus sec, plus régulier. On l’avait posé et repris, posé et repris, toujours avec deux doigts, toujours sur la même tranche.

— Il a commencé comme médaille, repris-je. Quelqu’un a ensuite gratté le revers pour l’ajuster à une masse. Il manque un peu de matière ici. La rayure longue vient d’un plateau de fer. Les trois plus courtes, d’une boîte à compartiments.

Ivar tourna enfin la tête. La chaleur lui rougissait une joue davantage que l’autre. Il avait rapproché son fauteuil du poêle au fil de l’après-midi sans jamais admettre qu’il avait froid.

— Et la marque au bord ?

— Une dent.

— Humaine ?

— À moins que les chèvres de Nareth aient appris à vérifier leurs poids avant le marché.

Il eut ce sourire bref qui lui plissait le coin des yeux, puis replongea dans son registre. Je notai ma conclusion dans la marge de la fiche : objet cultuel remployé comme poids domestique ; usage prolongé ; datation incertaine. C’était une manière très correcte d’écrire que le meunier n’avait découvert ni trésor ni miracle.

La bibliothèque occupait presque tout le rez-de-chaussée de la maison-observatoire. Elle avait été conçue par quelqu’un qui croyait les livres plus résistants au froid que les êtres humains. Les rayonnages montaient jusqu’à la galerie, le plafond se perdait dans les poutres sombres et l’unique grand poêle chauffait surtout les deux fauteuils placés devant lui. À trois pas, l’encre épaississait dans les encriers. À six, il fallait garder ses mitaines.

Ivar fredonnait en travaillant. Il le faisait sans s’en rendre compte, surtout lorsqu’il copiait des chiffres ou réparait une reliure. La mélodie revenait par petites boucles : quatre notes montantes, une tenue, puis une descente plus lente. Les mots changeaient chaque fois. Il remplaçait ceux qu’il ne connaissait pas — ou qu’il prétendait ne pas connaître — par des sons sans sens, des « hum » et des « da » murmurés entre ses dents.

Quand il s’interrompit pour tremper sa plume, je poursuivis la phrase musicale à sa place.

Je n’y pensai pas. La suite sortit avec mon souffle, basse et juste, comme lorsque j’étais enfant et que je refusais de dormir avant la fin. Ivar garda sa plume au-dessus de l’encrier une seconde de trop.

— Tu as sauté une note, dit-il.

— Non.

— Alors c’est moi.

— C’est plus probable.

Il reprit son registre. Je repris le cuivre. Nous laissâmes la question à l’endroit où elle était tombée.

La porte extérieure claqua dans le vestibule d’hiver. Un courant d’air passa sous celle de la bibliothèque, suivi du bruit familier d’une botte qu’on frappait contre la pierre, puis d’une deuxième.

— Soren, dit Ivar.

— Ou un voleur très soucieux de ne pas salir le sol.

— Les voleurs de cette maison repartent avec du bois de chauffage. Ils connaissent la valeur réelle de nos biens.

Soren entra avec de la neige jusque sur les épaules et un sac de toile coincé sous le bras. Il avait les cheveux collés au front, les joues rouges et l’air de quelqu’un qui avait passé la dernière montée à préparer une plainte détaillée.

— Le chemin du bois est encore barré par la branche que tu devais couper, annonça-t-il à Ivar.

— Elle tient depuis trois semaines.

— Elle tient en travers.

— C’est une forme de stabilité.

Soren posa le sac sur la grande table. Il en sortit une galette sombre de grêlegrain et d’orvelle, deux oignons, un paquet de clous et une petite roue dentée enveloppée dans du tissu huilé. Je tendis la main vers cette dernière. Il la recula aussitôt.

— Non.

— Je voulais seulement regarder.

— La dernière fois que tu as seulement regardé une pièce du mécanisme de la coupole, elle s’est retrouvée en quatre morceaux classés par période d’usure.

— Et tu as découvert que deux étaient déjà fissurés.

— J’ai surtout découvert qu’il m’en manquait quatre.

Il donna la roue à Ivar, qui l’examina comme s’il ne nous écoutait pas. Soren retira son manteau et le suspendit près du poêle. L’eau commença aussitôt à tomber de l’ourlet sur les dalles.

— Naëla Dorne m’a arrêté au pont, dit-il. Son garçon a passé une mauvaise nuit.

Ivar posa la roue dentée.

— De la fièvre ?

— Elle n’a pas dit. Elle cherchait Hessa, mais Hessa est partie au hameau des Granges pour un accouchement. Naëla avait l’air…

Il chercha un mot, les mains encore autour de ses gants humides.

— Effrayée ? proposai-je.

— Naëla est effrayée quand une poule pond dans le mauvais panier. Là, c’était autre chose.

Trois coups heurtèrent la porte du vestibule.

Ils n’étaient ni réguliers ni assez forts. Le troisième glissa presque sur le bois.

Soren se retourna. Ivar était déjà debout.

Naëla Dorne entra sans attendre qu’on l’invite jusqu’à la bibliothèque. Elle avait monté les six kilomètres depuis Nareth trop vite pour son manteau épais. Ses cheveux s’étaient échappés de son foulard et sa respiration sifflait légèrement. Elle tenait sa lanterne contre elle alors qu’elle n’en avait pas eu besoin avant la tombée du jour.

— Maître Elden, dit-elle. Il faut que vous veniez.

Ivar lui prit la lanterne avant qu’elle ne la laisse tomber.

— Asseyez-vous d’abord.

— Je n’ai pas besoin de m’asseoir.

Elle s’assit dès que Soren approcha une chaise.

Je poussai ma tasse froide vers elle, puis me rappelai son contenu et la retirai.

— Je vais en faire une autre.

— Non, non. Teren dort, mais quelque chose cloche. Il parle. Il ne se réveille pas vraiment. Il ouvre les yeux et il ne me voit pas.

Ivar s’accroupit légèrement pour être à sa hauteur. Sa voix changea comme elle changeait avec les enfants malades, les animaux blessés et les gens qui prétendaient ne pas avoir peur.

— Depuis quand ?

Naëla passa ses doigts sur le bord de ses manches.

— La nuit dernière. Je croyais qu’il rêvait. Aujourd’hui il était fatigué, mais il a mangé, il a aidé son père. Puis il s’est endormi devant le feu et il a recommencé.

— Convulsions ?

— Non.

— Difficulté à respirer ?

— Non. Il parle seulement. Enfin… ce ne sont pas des mots.

Ivar ne demanda pas lesquels.

Il se redressa, alla jusqu’au cabinet et en revint avec sa sacoche de soin. Il y rangea un thermomètre à alcool, deux fioles, des bandes propres et une lampe à lentille. Ses gestes étaient rapides sans paraître pressés.

— Soren, davantage de bois dans le poêle avant notre retour. Eydis, tu restes ici.

Je fermai le couvercle de l’encrier.

— Non.

— Je ne te demandais pas ton avis.

— Ma réponse reste adaptée.

Naëla nous regarda tour à tour, incertaine de la place qu’elle occupait dans cette discussion ancienne. Soren toussa pour cacher un rire qui n’avait rien de convaincant.

Ivar fixa mes mains. J’avais déjà remis le cuivre dans sa boîte et noué la fiche autour avec son ruban.

— Le chemin est mauvais.

— J’ai des bottes.

— Il fera nuit au retour.

— Nous possédons plusieurs lampes. C’est même l’un des rares domaines où cette maison peut prétendre à l’abondance.

Il rangea une troisième couverture dans la sacoche. Ce fut sa manière d’accepter.

Soren prit son manteau encore humide.

— Toi, tu restes, dit Ivar.

— Je viens de faire le chemin. Je sais où la glace a pris.

— Et quelqu’un doit garder le feu.

— Le feu n’a jamais tenté de démonter la coupole.

Ivar le considéra, puis ajouta une corde courte à la sacoche. Nous partîmes tous les trois. Le jour avait presque disparu derrière les crêtes lorsque nous quittâmes la propriété. La neige ne tombait plus, mais les branches en relâchaient des poignées sur nos épaules dès que le vent se levait. Naëla marchait devant avec Soren. Ivar et moi suivions dans la partie étroite du chemin, là où la pente obligeait à poser le pied dans les anciennes traces.

Au-dessous de nous, les premières lumières de Nareth se détachaient dans la vallée. Elles semblaient proches tant qu’on ne regardait pas les lacets du sentier.

— Il a dit quoi ? demanda Soren.

Naëla ne se retourna pas.

— Je vous ai dit que ce n’étaient pas des mots.

— Même des sons peuvent se répéter.

Elle serra son foulard sous son menton.

— Trois ou quatre. Peut-être plus. Toujours dans le même ordre. J’ai essayé de les retenir.

Elle produisit alors une courte suite de syllabes mal assurées. La première était ouverte, la deuxième semblait se briser au fond de la gorge et la dernière se terminait sur un souffle. Elle recommença, moins certaine, et changea une consonne.

Ivar ralentit.

Ce ne fut qu’un demi-pas. Son épaule toucha presque la mienne, puis il retrouva le rythme. Naëla continuait d’avancer et ne le vit pas. Soren, devant elle, non plus.

— Vous reconnaissez ? demandai-je assez bas pour lui seul.

— Elle vient de dire qu’elle ne savait pas les reproduire.

— Vous répondez à côté.

— C’était ma réponse.

Il ajusta la sangle de la sacoche. Lorsqu’Ivar éludait, il s’occupait toujours d’un objet qui ne réclamait rien. Enfant, j’avais cru que cela signifiait qu’il réfléchissait. Plus tard, j’avais compris qu’il avait souvent déjà choisi ce qu’il ne dirait pas.

Je n’insistai pas. Pas encore.

À l’entrée du bois, Naëla nous expliqua qu’elle avait glissé un morceau de sorbier sous le lit de Teren. Sa propre mère le faisait lorsque les enfants parlaient en dormant.

— Pour empêcher les mauvais rêves de remonter par le sol, dit-elle.

Soren leva sa lanterne afin d’éviter une racine.

— Les rêves passent donc par les planchers ?

— Moque-toi. Quand tu auras un enfant qui ouvre les yeux sans te reconnaître, tu mettras sous son lit tout l’arbre si on te le conseille.

— Je ne me moque pas de toi.

— Tu as exactement la voix que tu prends quand tu ne te moques pas.

— Le morceau de bois ne lui fera pas de mal, dit Ivar.

C’était vrai et suffisamment incomplet pour clore la dispute. D’ordinaire, il aurait ajouté une remarque sur les rêves paresseux, les planchers mal joints ou les sorbiers vexés d’être débités pour si peu. Cette fois, il se contenta de regarder le chemin.

Soren s’en aperçut.

— Dans les histoires de Karseld, dit-il après un moment, les enfants entendent des voix sous la glace. Elles connaissent leur nom, alors ils répondent et…

— Nous ne sommes pas à Karseld, coupa Naëla.

— Et Teren n’était pas près d’un lac, ajouta Ivar.

— Il n’y a pas de lac à Nareth, dis-je. C’est un avantage sous-estimé.

Personne ne répondit.

Nous atteignîmes les premières maisons avec les bas des manteaux mouillés par la neige fondue. La rue du Pont gardait un peu d’activité : une porte de forge éclairée, deux hommes qui couvraient une charrette, le bruit du moulin au-delà des toits.

La maison des Dorne se trouvait derrière un atelier de menuiserie. L’odeur de sciure humide et de soupe épaisse à l’orvelle nous accueillit dans l’entrée. Le père de Teren se tenait près du foyer, les bras croisés si fort que ses jointures avaient blanchi. Il nous conduisit à l’étage sans préambule.

La chambre était petite, basse de plafond, chaude au point de rendre l’air lourd. Une lampe brûlait sur une caisse retournée. Teren reposait sur le dos, les couvertures repoussées jusqu’à la taille. Il avait neuf ans et les cheveux coupés trop court sur un côté, sans doute après une tentative familiale. Ses paupières étaient entrouvertes.

Il parlait.

Pas fort. Sa voix n’était pas celle d’un enfant qui raconte un rêve. Elle ne montait ni ne descendait avec des images. Les sons venaient par groupes séparés, toujours avec la même pause entre eux. Une courte suite, un silence, puis une autre qui reprenait le début en le modifiant.

Je restai sur le seuil.

Je connaissais cette sensation devant certains textes endommagés : ne pas comprendre un mot et pourtant savoir qu’une règle était là. Quelque chose revenait à la bonne place. Une terminaison répondait à une autre. Les pauses n’étaient pas celles d’un souffle irrégulier, mais celles d’une phrase.

Ivar posa sa sacoche au sol.

— Depuis combien de temps est-il comme ça ?

— Un peu moins d’une heure, répondit le père.

— Il a bu ? Mangé ?

— À midi. Il a refusé le bouillon d’orvelle ce soir.

Ivar se lava les mains dans la cuvette, puis s’assit au bord du lit. Il posa deux doigts contre le cou de Teren, approcha son oreille de sa bouche et vérifia ses pupilles avec la lampe à lentille. Teren ne réagit pas. Sa respiration restait lente et régulière.

— Teren, dit Ivar. C’est Ivar Elden. Je vais toucher ton bras.

Il le fit après l’avoir annoncé, comme toujours. Il pinça doucement la peau, observa la réponse, prit sa température, passa une main sous sa nuque. Aucun raidissement. Aucune secousse. Seulement cette parole sans éveil.

— Pas de fièvre, dit-il. Le pouls est un peu rapide, rien de plus.

Naëla expira, mais son soulagement ne dura pas. Son fils prononça une nouvelle série de sons.

Cette fois, je sus avant la fin qu’il répéterait la deuxième syllabe.

Elle arriva exactement où je l’attendais.

Je m’approchai.

— Il l’a déjà dite ? demanda Soren.

— Pas cette phrase.

— Alors comment…

— Je ne sais pas.

C’était vrai. Je n’aimais pas les réponses qui s’arrêtaient là, mais je n’en avais pas d’autres.

Le montant du lit portait sa marque, fraîche et peu profonde.

Le bois n’avait rien de particulier. Une chute d’atelier, coupée dans la journée, posée sous le lit par une main pressée. Je le savais aux fibres écrasées, à la poussière de l’établi prise dans une fente et à la marque fraîche laissée par un anneau sur l’écorce. L’objet n’avait pas provoqué l’épisode.

Je le remis exactement à sa place.

Teren leva la main droite.

Ses doigts retombèrent sur le montant du lit : l’index, puis le majeur, puis deux coups plus rapprochés de l’annulaire. Il attendit. Recommença.

Quatre notes montantes. Une tenue. Une descente plus lente.

Le rythme de la berceuse.

Je tournai la tête vers Ivar. Il regardait la main de l’enfant.

Teren frappa une troisième fois. Sa bouche forma deux sons plus doux, presque chantés. Pas les mots — il n’y en avait jamais eu, pas à ma connaissance,

mais l’intervalle était juste. Je sentis la suite se préparer dans ma gorge.

Je la murmurai avant de décider de le faire.

Teren se tut.

Tous les regards vinrent vers moi. Le silence de la chambre sembla trop grand pour elle.

Puis l’enfant reprit exactement sur la note où je m’étais arrêtée.

Ivar referma sa main autour du poignet de Teren. Pas assez fort pour lui faire mal. Assez pour interrompre les coups contre le bois.

— Qui a chanté cette mélodie devant lui ? demanda-t-il.

Naëla secoua la tête.

— Personne. Pas moi. Peut-être au sanctuaire ?

— Joran ne chante pas ça, dit le père. Je ne l’ai jamais entendue.

— Moi, oui, dit Soren. À la maison.

Ivar ne me regarda pas.

Il lâcha doucement le poignet de Teren, rabattit la couverture sur son bras et demanda à Naëla de baisser la lampe. Dans la lumière réduite, les sons reprirent. J’entendis de nouveau les groupes, les reprises, les changements infimes. Une structure. Pas une chanson entière, pas un message que je pouvais traduire. Pourtant, quelque chose dans l’ordre me paraissait familier, comme une serrure dont ma main aurait connu le geste sans en posséder la clé.

— Il faut prévenir Hessa dès son retour, dit Soren.

— Oui, répondit Ivar.

— Et si ça recommence chez d’autres enfants, la Maison de Veille.

Ivar rangea le thermomètre dans sa sacoche.

— Nous commencerons par Hessa.

— J’ai dit : Maison de Veille si cela recommence chez d’autres.

— J’ai entendu.

Le père de Teren posa une main sur l’épaule de Soren, non pour le remercier, mais pour lui demander silencieusement de ne pas poursuivre devant l’enfant. Soren se tut. Sa mâchoire resta serrée.

Nous demeurâmes encore près d’une heure. Teren cessa de parler par intervalles, puis recommença dès qu’on pensait l’épisode terminé. Il ne se réveilla vraiment qu’après minuit. Ses yeux trouvèrent sa mère, cette fois. Il demanda pourquoi tout le monde se trouvait dans sa chambre et se plaignit d’avoir soif.

Ivar lui fit boire quelques gorgées. Teren ne se souvenait d’aucun rêve. Il ne connaissait pas les sons que nous lui répétions et se mit à pleurer lorsqu’il comprit qu’il les avait prononcés. Naëla, lui lissa les cheveux sans lui dire de ne pas avoir peur.

Nous repartîmes sous une pluie fine qui transformait la neige en eau grise. Au retour, personne ne parla de la Voix sous la glace. Soren marcha devant avec la lanterne. Ivar resta derrière lui, une main sur la sacoche, comme s’il craignait d’y trouver quelque chose qu’il n’y avait pas mis.

Lorsque nous atteignîmes enfin la maison, nos manteaux gouttaient dans le vestibule et mes bas étaient humides jusqu’aux mollets. Le poêle avait tenu. Le fragment de cuivre attendait toujours sur son feutre, indifférent à l’ordre des phrases et aux enfants qui les prononçaient.

Ivar ne retourna pas à son registre. Il resta debout devant le feu, sans retirer ses gants.

Je compris alors ce qui m’avait dérangée dans sa première question. Il n’avait pas demandé ce que Teren avait dit. Il n’avait même pas demandé quelle mélodie l’enfant avait chantée.

Il avait demandé depuis combien de nuits cela durait.