Lune-Azur Éditions WL-Blue Roses
Extrait offert · Kuro Vol. 1 : L'éveil de l'empereur

Kuro, vol. 1 — L'éveil de l'empereur

Introduction

Michel J. Stash · 1er des 2 chapitres offerts

Au sein de l'immensité spatiale existaient deux grands empires farouchement hostiles l'un envers l'autre, l'Empire Eptile et la Faction de Cristal des Jisoids. Ces deux forces se sont affrontées pendant des dizaines d'années et s'affronteront encore jusqu'à ce que l'un anéantisse l'autre. Les Eptiles devaient la réussite de leurs diverses conquêtes en grande partie à leur équipement, leur technologie et leurs armes. Physiquement, c'étaient des lézards humanoïdes aux physiques hétéroclites, allant du nain rachitique au colosse musclé. Le seul point commun entre certains individus résidait dans leurs traits reptiliens. À l'inverse, les Jisoids, bien qu'ayant une technologie tout aussi avancée, ne s'en servaient que pour leur quotidien et leurs déplacements. Ils ne comptaient que sur leurs forces physiques et leur capacité à projeter de l'énergie.

Quelques Jisoids élus naissaient avec un don rare. Certains d'entre eux avaient la chance de naître en hébergeant ce qu'eux qualifiaient comme étant un « dieu », une créature éthérée qui partageait ses pouvoirs avec son hôte. La puissance de ces monstres sacrés se manifestait par une aura colorée ou encore par la matérialisation dudit dieu. D'apparence chétive, un exosquelette à la composition proche de l'acier recouvrait leur peau ; même s'il était plus correct de dire que cela composait la première couche de leur épiderme. Leurs têtes étaient soit rondes, soit ovoïdes. Un segment divisé en deux embranchements jusqu'à leurs grands yeux en amande faisait office de démarcation entre les deux moitiés de leurs visages. Leurs globes oculaires étaient munis d'une paupière en deux couches, celle faite de chair sous l'exosquelette et celle métallique qui donnait un aspect presque mécanique à leurs clignements. Entre leurs deux yeux, certains possédaient une corne propre à chaque individu, les rendant facilement identifiables. De physique plutôt homogène malgré diverses couleurs criardes, les différences entre homme et femme se limitaient à quelques centimètres ainsi qu'à une certaine inclinaison des courbes corporelles.

Outre leurs pouvoirs spectaculaires, ils tenaient leur célébrité d'un comportement méprisant et belliqueux contre toute race récalcitrante. En dehors de leurs rivaux reptiliens, nul n'osait s'opposer à eux. Leurs conquêtes s'achevaient toujours par l'anéantissement total du peuple ayant eu l'outrecuidance de les défier, ou par sa soumission totale. L'immense armée de la Faction de Cristal était composée de guerriers de tout grade, mais également de scientifiques, de médecins et d'opérateurs. Ces derniers avaient une fonction polyvalente. Ils étaient formés autant au pilotage de véhicules qu'à leur réparation ou encore à l'utilisation des diverses technologies de communication. Jamais en première ligne, ils formaient un corps d'armée indispensable qui permettait le contact entre les divers bastions, forteresses ou vaisseaux amiraux.

Cette faction cristalline émanait d'un récit entouré de mystère, tout commençant par son chef charismatique, surnommé « l'Empereur ». Cet homme énigmatique n'accordait des audiences qu'à ceux qu'il jugeait dignes. Il lui arrivait de ne pas apparaître des années durant. Cependant, sa volonté de conquête et ses rêves de domination n'avaient guère besoin de sa présence tant ils étaient diffus et imprégnés dans les mentalités des citoyens de la Faction. Régent réputé immortel, il lui était arrivé de faire face à des oppositions même au sein de son propre peuple, oppositions qui connurent toutes un destin funeste.

Parmi les membres de la Faction, certains, réticents ou pacifiques, avaient quitté le giron impérial pour s'installer sur des planètes habitables et y fonder des sociétés éloignées de ce cosmos belliqueux.

Voulant se débarrasser de leurs ennemis, l'Empire Eptile, inférieur en termes de puissance militaire, opta pour une stratégie d'expansion circulaire. Cela pouvait sembler vain, mais, pour les lézards humanoïdes, c'était une manière de pouvoir encercler la Faction. Ils comptaient transformer les points stratégiques en bases et usines d'armement qui permettraient une massive attaque-surprise, de nature à dérouter les armées impériales. En effet, le gros des territoires occupés par la Faction était regroupé autour de plusieurs systèmes solaires, formant ainsi une énorme zone à éviter. Dans ce but, les guerriers avaient placé leurs infrastructures militaires sur les planètes périphériques de manière à entourer les astres d'habitation civile.

Obsédés par leur expansion, Eptiles et Jisoids avaient déjà voyagé aux confins de la galaxie, là où aucune civilisation ou espèce intelligente n'avait encore été découverte. Les Jisoids, ayant une avance considérable sur leurs rivaux à écailles, ralentirent leurs conquêtes et explorations.

La soif insatiable de pouvoir des Eptiles les amena jusqu'à une planète grande, verte, grise et bleue, au climat plutôt tempéré. Cet astre remplissait tous les critères du bastion idéal. Les lézards envoyèrent donc quelques régiments d'exploration composites. Comme les forces jisoids, cette armée se composait de combattants, de médecins, de scientifiques et d'opérateurs, auxquels s'ajoutaient, pour cette mission, des architectes. Les colons partirent avec nombre de matériaux pour débuter la construction d'une base le plus vite possible. Les Eptiles, prudents, dépêchèrent en premier lieu des soldats revêtus d'une armure grise intégrale, munis de fusils de divers calibres ainsi que de cimeterres, sabres ou haches attachés à leur ceinture ou à leur dos. Les couleurs de leurs plastrons obéissaient à un code très rigoureux. Ce gris correspondait aux grades les plus bas ou aux sous-officiers ; le doré correspondait aux officiers supérieurs, jusqu'au rang de général. Le rouge et le noir étaient destinés à un seul homme : le roi de l'Empire Eptile, forcément issu de la lignée von Eptilius.

Les colons commencèrent leur exploration de cette planète par l'immense plaine qui semblait s'étendre sans fin. Cette grande étendue au climat fertile permettait l'existence d'immenses forêts, de bosquets ainsi que de rivières et de lacs aux eaux claires et pures. Le roi von Eptilius ciblait cet endroit à raison. En effet, il semblait être un terrain constructible et paisible, dont la seule concurrence viendrait de la faune des divers biomes de l'astre. Cependant, au cours d'une première expédition sylvestre, les Eptiles découvrirent ce qui, à leurs yeux, correspondait aux balbutiements d'une civilisation. Les locaux vivaient dans de petites villes faites de huttes de bois ou de torchis, réparties autour des grands lacs, des fleuves et à peu près partout sur la planète où la nature était suffisamment clémente. Encore très mus par l'instinct, ils avaient eu le réflexe de fuir leurs habitats et de se réfugier là où les envahisseurs ne les dénicheraient pas. Cette découverte encourageait les hommes lézards à intensifier leur conquête.

Aux yeux des Eptiles, ces gueux sans technologie spatiale et sans armes à feu n'étaient même pas humains. Les commandants espéraient les dénicher et les réduire en esclavage afin de hâter la construction de leur nouvelle planète forteresse. Les autochtones étaient des chats humanoïdes, physiquement très hétéroclites de par leur pelage, leur taille et leur faciès, se désignant eux-mêmes par le nom de Félinoïdes. Ils partageaient pour trait commun les vibrisses autour de leur truffe et la présence d'un pelage plus ou moins fourni et plus ou moins coloré. Leurs vêtements se composaient d'étoffes épaisses aux teintes ternes ou d'armures de cuir tanné pour leurs guerriers. Contrairement aux empires interplanétaires des Eptiles ou des Jisoids, les Félinoïdes ne disposaient d'aucune technologie spatiale, ni même simplement électronique. Ils ne savaient même pas qu'il y avait d'autres formes de vie dans l'univers.

Ces félins avaient un mode de vie bien plus archaïque et simple que les lézards ou leurs rivaux à l'épiderme d'acier. Ils vivaient séparés en clans qui avaient régulièrement des conflits extrêmement violents. Cela s'expliquait par le fait qu'ils n'utilisaient que leurs lames et leurs objets contondants. Malheureusement, à la suite de cette arrivée massive de lézards belliqueux, des individus se détestant furent contraints de s'abriter ensemble dans les grottes montagneuses ou souterraines. Évidemment, les Félinoïdes savaient que ces cachettes n'étaient qu'une éphémère sécurité. D'un instant à l'autre, l'envahisseur pouvait les dénicher et les exterminer. Une nuit, ce qui devait arriver arriva : les Eptiles venaient d'étendre leur chantier fumant et gris au pied des alpes. Ils envoyèrent donc plusieurs éclaireurs armés explorer les montagnes. À l'intérieur des grottes, les locaux survivaient dans des conditions déplorables, les vivres commençaient à manquer et les tensions à se raviver.

Max, au pelage blanc angora, était un jeune homme discret et sans histoire de la « Tribu du Grand Lac ». Il avait trouvé refuge avec les siens et ses opposants de la « Tribu de la Sylve » dans une grotte alpine non loin d'un torrent entouré par quelques arbres. Ennemis historiques, ils avaient lutté des années pour récupérer le territoire de l'autre et se retrouvaient maintenant forcés à cohabiter. Les premiers souhaitaient un accès aux arbres qui permettraient la construction d'édifices bien plus solides, alors que les seconds jalousaient l'accès illimité de leurs opposants à cette ressource vitale qu'était l'eau.