Le bel inconnu
Chapitre 3 — Compte à rebours
Aimélia Elphy · 3e des 3 chapitres offerts
La nuit est lourde, pesante, incapable d’apaiser l’agitation qui gronde en moi. Allongé sur mon lit, je fixe le plafond, les yeux ouverts sur une obscurité qui ne me renvoie que son silence. Je ferme les paupières, tente de chasser cette pensée obsédante, mais elle revient. Toujours. Freya. Elle est là, partout. Dans chaque battement de mon cœur, dans chaque inspiration. Je revois son regard inimitable. Je sens encore son parfum, cette pure douceur. Je me tourne brusquement sur le côté, la mâchoire contractée. C’est insupportable. Je me redresse d’un bond, attrape mon épée posée non loin, et quitte la chambre d’un pas décidé. Si le sommeil m’échappe, alors je le traquerai à coups de lame, jusqu’à ce que l’épuisement me fauche.
La cour d’entraînement est déserte, baignée d’une lumière spectrale. Les étoiles seules suffisent à dessiner les contours du terrain. Je retire ma chemise. L’air frais saisit ma peau encore brûlante d’insomnie. Un souffle. Un battement. Je lève mon épée. Je frappe dans le vide. Une fois. Deux fois. Plus vite. Plus fort. Mon souffle se cale sur le rythme de la lame qui fend l’air, précis, tranchant, brutal.
J’enchaîne les passes, mes muscles bandés jusqu’à l’extrême, chaque coup porté comme une prière sourde pour faire taire le feu qui me consume.
Mais rien n’y fait. Chaque geste me ramène à elle. Chaque frappe réveille ce manque insupportable. Mon esprit déraille, se heurte à ses souvenirs, ses lèvres entrouvertes, son regard vibrant, cette manière qu’elle a de se tenir droite, fière, inatteignable.
Un grondement monte en moi.
— ASSEZ.
Le mot claque comme une détonation. Dans un dernier élan, je frappe, plus violemment encore. La lame siffle, s’arrête net. Mon souffle est court, rauque. Mes épaules tremblent sous l’effort. Je passe une main dans mes cheveux trempés de sueur. Mon cœur cogne trop fort contre ma poitrine.
Et je le sais. Je pourrais m’entraîner jusqu’au lever du jour, jusqu’à ce que mon corps cède… Mais ce n’est pas l’acier qui me délivrera d’elle.
Épuisé, je me laisse tomber en arrière. Mon dos s’enfonce dans l’herbe froide. Le ciel, au- dessus de moi, s’étire à l’infini, criblé d’étoiles suspendues comme des promesses qu’on n’a jamais tenues.
Je ne lutte plus. La fatigue me rattrape. Et cette fois, je la laisse gagner.
C’est étrange… On dirait un souvenir. Je lève les mains devant moi, elles ont l'air tellement réelles. Je tourne lentement sur moi-même. La forêt m’entoure, familière et pourtant différente.
À la lisière de la ville, sur cette falaise où je venais si souvent avec mon frère. J’y allais toujours pour réfléchir, un refuge, un lieu apaisant, avec sa vue imprenable sur la ville, les cascades et le palais au loin.
Un frisson me traverse. Les odeurs… si nettes, si réelles. L’écorce sous mes doigts quand je tends la main vers un arbre, la fraîcheur du vent qui s’engouffre dans mes cheveux. Ça ne peut pas être un simple rêve.
Je me tourne vers le bord de la falaise, attiré par l’envie d’admirer la vue, comme autrefois. La nostalgie m’envahit, une sensation douce-amère qui m’enveloppe. Mais un détail me frappe. Il y a quelqu’un.
Je plisse les yeux. Ça doit être mon frère.
— Qui est-ce ?
Pas de réponse immédiate.
Je fais un pas en avant, mon cœur accélère.
— Oh…
Mon Dieu, Freya. Comment est-ce possible ?
— Que fais-tu ici ?
Elle recule d’un pas, puis d’un autre. Trop près. Beaucoup trop près du bord. Mon souffle se coupe, un frisson glacé me parcourt l’échine. Et si… ce n’était pas un simple rêve ? Non. Impossible.
Pourtant, quelque chose en elle vacille, comme si elle-même commençait à douter. L’ombre de l’incompréhension traverse son regard. La peur s’installe en moi, brutale, viscérale. Mon cœur tambourine.
Je réagis sans réfléchir. Je me précipite vers elle, fendant l’air comme une ombre. Au dernier instant, mes mains se posent sur ses épaules, fermes, mais précautionneuses. Je plante mon regard dans le sien, cherchant à l’ancrer à moi, à la réalité.
Ma voix tombe, grave, vibrante d’un avertissement que je ne sais pas expliquer.
— Tu ne devrais pas être là…
Je déglutis, resserrant légèrement ma prise.
— Attends-moi à la pleine lune.
Je me redresse en sursaut, le cœur battant à tout rompre. Qu’est-ce qui vient de se passer ?
Ma respiration est saccadée, mes pensées embrouillées. Ça ne pouvait pas être réel… et pourtant.
Je lève les mains devant moi, tremblantes. Je sens encore son contact, la chaleur de sa peau, son odeur envoûtante flottant dans l’air. Elle était là. J’en suis sûr. Un frisson glacé me traverse. Il n’y a qu’une seule chose qui puisse provoquer ça, une trace. L’angoisse monte comme une vague incontrôlable.
— Si c’est ça… alors je dois avoir une trace.
Mon souffle se bloque tandis que mes mains parcourent frénétiquement mon corps : bras, cou, torse…
Là.
Mon cœur accélère. Mes doigts effleurent une marque. Je bondis du terrain d’entraînement, me précipite dans ma chambre et me place face au miroir. À la lueur vacillante des bougies, mon reflet apparaît, troublé. Une demi-étoile. Gravée sur mon thorax, comme une brûlure invisible, une empreinte indélébile. Tout s’explique. Un mélange de soulagement et de terreur me traverse, mes jambes cèdent sous le poids de la révélation. Je ferme les yeux, baisse la tête, pose la paume sur la marque. Le destin vient de me rattraper. Il me faut quelques minutes pour reprendre mes esprits. Brusquement, je me souviens qu’on m’attend sur le terrain d’entraînement. Sans perdre une seconde, j’enfile une tenue, puis je me glisse dehors comme un voleur. Discrétion et efficacité.
Dans ma précipitation, je croise ma mère dans le couloir. J’esquisse un salut rapide de la main, priant pour filer avant qu’elle ne dise quoi que ce soit. Elle m’adresse un sourire amusé.
— Encore en retard, je vois.
Je n’ai pas le temps de répondre. Arrivé sur le terrain, je me penche, les mains sur les genoux, reprenant mon souffle.
Puis, pour masquer mon retard évident, j’écarte les bras d’un geste théâtral.
— Je suis là. Pile à l’heure.
Sarya m’observe un instant, ses yeux pâles percent plus loin que ce que les autres aperçoivent à peine. D’une voix douce, presque un murmure, elle lâche :
— Tu ressembles à une nuit après une éclipse.
Je hausse un sourcil. Elle laisse planer le silence, attentive à ma réaction, avant d’ajouter :
— Une lumière s’est rallumée en toi… mais une autre s’est éteinte. Comme si l’équilibre du ciel avait changé.
Ses doigts effleurent l’air, dessinant une vérité invisible. Son regard s’accroche au mien, un sourire à peine esquissé glisse sur ses lèvres.
— Les âmes sont comme les marées. Lorsqu’une vague revient… une autre se retire.
Elle a cette façon de parler qui donne l’impression qu’elle détient un savoir ancien, qu’elle voit ce qui nous échappe. Et ça m’agace autant que ça me trouble.
Sarya. Une amie… à sa façon.
Prophétesse originaire du Royaume de la Lune, elle incarne la douceur nocturne et le mystère des astres. Sa peau semble boire la lumière lunaire, lui conférant une aura presque irréelle. Ses cheveux noirs, aux reflets bleutés, tombent en vagues autour d’un visage insondable. Mais ce sont ses yeux qui intriguent le plus. Pâles, presque translucides, comme si le ciel nocturne s’y reflétait, sans pupilles. Elle ne se fait jamais remarquer quand elle arrive. Elle est juste là, au bon moment.
Sa voix est un murmure, et ses paroles sont des énigmes. Contrairement à Lysandre, elle ne parle jamais pour rien dire. Chaque mot est pesé, chargé de sens cachés. Elle voit des fragments d’avenir, des éclats de possibles qui se croisent et se superposent sans jamais se figer.
C’est ce qui la rend aussi fascinante… que frustrante. Elle ne donne jamais de réponse directe. Elle guide, sans imposer.
Mais elle a toujours été l’une des rares à ne pas me traiter en prince, juste comme une personne normale. C’est peut-être pour ça que je l’ai laissé approcher. Même si ses devinettes me tapent souvent sur les nerfs.
Je force un sourire exagéré, et m’incline légèrement vers elle.
— D’accord… Bonjour Sarya.
Je marque une pause, faussement dramatique.
— Moi aussi, ça me fait plaisir de te voir. Ça faisait longtemps.
Kaelen, fidèle à lui-même, ne rate pas l’occasion de glisser une pique.
— Pas assez, si tu veux mon avis.
Son ton est sec, mais son amusement est palpable.
Je vous présente Kaelen. Mon frère d’armes. Mon pilier. Mon meilleur ami.
Il vient du Royaume de la Terre, et ça se voit. Une carrure massive, une musculature sculptée par des années d’effort, qui me fait passer pour un gringalet à côté. Sa peau est tannée par le soleil, ses cheveux bruns aux reflets cuivrés. Et ses yeux… un vert, profond, impénétrable. Notre amitié remonte à l’enfance, née d’une rencontre accidentelle à l’époque où les portails étaient encore ouverts. Au fil des années, elle s’est forgée dans la sueur, la douleur et les batailles, là où il fallait veiller l’un sur l’autre… ou tomber.
Il parle peu, mais quand il le fait, ses mots frappent juste. Son humour est sec, parfois mordant, mais jamais gratuit. Il n’est pas qu’un roc. Il porte aussi ses propres cicatrices. Il a vu trop de proches disparaître. Beaucoup trop.
Après sa remarque, un silence suspendu s’installe… et bien sûr, Lysandre s’y engouffre avec l’aisance d’un vent opportuniste.
Il secoue la tête, lève les yeux au ciel, puis pose une main sur mon épaule, faussement accablé.
— Ah, Kaelen… toujours aussi chaleureux. On sent l’amour dans tes mots, vraiment.
Il se tourne ensuite vers Sarya, l’air faussement perplexe.
— Et toi, ô grande prophétesse de la lune… dis-moi, est-ce qu’il existe un avenir où Kaelen réussit à aligner trois mots sans sarcasme ?
Un sourire en coin éclaire son visage tandis qu’il croise les bras.
— Non, laisse tomber. Je préfère garder un peu de mystère dans ce monde.
Kaelen lève les yeux au ciel, mais un rictus trahit son amusement.
Sarya, elle, ne dit rien. Elle se contente de le fixer avec ce regard vague, lointain, comme si elle considérait réellement la question. Je ne sais pas si c’est de la naïveté… ou juste un profond mépris pour l’humour.
Lysandre se penche légèrement vers moi, baissant la voix comme pour une confidence.
— Et toi, grand chef, comment fais-tu pour survivre, entouré de ces deux-là ?
Son sourire s’élargit, puis il recule d’un pas, clairement satisfait de son intervention. Lysandre. Mon cher ami, mon parfait opposé. On s’est rencontrés lors d’une énième tentative de traverser les portails. Il était perché sur une branche, en train de nous observer en ricanant. On ne va pas se mentir, notre première rencontre n’a rien eu d’amical. Mais je crois qu’on a été une distraction suffisamment intéressante… parce que depuis ce jour-là, il ne nous a plus jamais quittés.
Il vient du Royaume de l’Air. Il a cette allure décontractée, comme s’il ne prenait rien au sérieux… Mais ses yeux, eux, racontent une tout autre histoire. Un bleu changeant, oscillant entre l’azur limpide et l’orage naissant. Son corps, élancé, est taillé pour la vitesse et l’agilité. Ses cheveux clairs, aux reflets dorés, sont souvent en bataille, comme s’ils refusaient de se plier à quoi que ce soit. Exactement comme lui.
Il est le charmeur, le rieur, celui qui se glisse dans une conversation comme une brise légère… avant de devenir un tourbillon. Il aime provoquer, tester les limites, faire éclater les certitudes. C’est lui qui me bouscule, qui me pousse à lâcher prise, à respirer. Mais derrière le masque, il observe, il analyse. Et quand il frappe, il le fait avec une précision redoutable.
Il est d’une loyauté absolue.
Nous quatre, c’est une promesse éternelle. Pas de serment. Pas de formule. Juste une évidence gravée en silence.
Aucun de nous ne tombera seul.
Adossé au mur, en train de nettoyer son poignard, Kaelen lève un sourcil et lâche, nonchalant :
— Je me posais la même question à ton sujet, Lysandre. Comment faisons-nous ?
Petit clin d’œil.
Lysandre esquisse un sourire en coin, faussement vexé. Alors je coupe court.
— Waouh, les amis, vous êtes en forme. Ne perdons pas toute cette énergie à ne rien faire, hein ? Je ricane. Alors, qui contre qui ?
Sans attendre, Kaelen tend le bras vers moi.
— Toi et moi, Sunsi.
Je lève les yeux au ciel.
— Sérieux ? Tu ne t’es toujours pas remis de ta défaite ?
Il plisse les yeux, faussement menaçant.
— Tu as triché. Tu m’as déconcentré.
— C’est pas d'la triche, c’est de la stratégie.
— Je prends note.
Un sourire s’étire lentement sur son visage. Tranchant. Prédateur. Le genre de sourire qui veut dire qu’il ne va pas me faire de cadeau.
— On y va ?
Le sable crisse sous mes pas alors que je tourne lentement autour de Kaelen, cherchant une faille. Lui reste immobile, massif et impassible, comme une montagne attendant l’orage. Son épée de bois repose contre son épaule, tandis que la mienne est fermement tenue entre mes doigts.
— Tu comptes attaquer ou tu veux qu’on prenne racine ?
Sa voix est calme, presque moqueuse. Je serre la mâchoire et bondis, feintant à droite avant de pivoter brusquement vers la gauche. Il bloque sans effort, d’un geste précis, comme s’il anticipait mes mouvements. L’impact résonne dans mes bras, mais je ne me laisse pas démonter. J’enchaîne, plus rapide cette fois, mes frappes sont fluides et précises, forçant Kaelen à reculer.
Un rictus effleure ses lèvres.
— Pas mal.
Il dévie mon attaque et contre-attaque aussitôt, me forçant à esquiver de justesse. Son style est brut, ancré, puissant, l’opposé du mien, fait de vitesse et d’adaptabilité.
Je me penche en avant, prêt à le surprendre avec un coup en diagonale, quand sa voix, un chuchotement, me frappe plus fort que son épée.
— Mirâmes.
Mon souffle se bloque. Un dixième de seconde. C’est tout ce qu’il lui faut. Son épée de bois frappe la mienne avec force, la délogeant de ma prise. Avant que je puisse réagir, une pression brutale s’abat sur mon torse et je me retrouve à terre, le sable amortissant ma chute. Kaelen se penche légèrement, son ombre me recouvrant. Il plante son arme dans le sol et croise les bras, triomphant.
— C’est fou ce que ce mot te déconcentre.
Je le fusille du regard, encore sonné.
— … C’était mesquin.
— Stratégique, corrige-t-il avec un sourire en coin.
Il me tend la main. Je l’ignore une seconde, juste pour le principe, avant de la saisir. Je me relève, secoue mes mains. Je sens ma gorge se serrer, mon souffle devenir plus court. Vexé, contrarié et surtout... triste.
— Je dois y aller… J’avais oublié un truc important. À tout à l’heure.
Je m’éloigne rapidement, la tête basse, sans attendre de réponse. Derrière moi, j’entends Kaelen faire quelques pas, cherchant à me rattraper. Sa voix est moins assurée.
— Sunsi ! Je ne voulais pas…
Mais sa voix se perd dans le vent. Je suis déjà trop loin pour entendre la fin de sa phrase. Peu importe ; il n’a rien fait de mal. J’ai juste besoin d’être seul. Et quoi de mieux que cette falaise. En dehors du rêve, cela faisait longtemps que je n’y étais pas venu.
La vue est toujours aussi saisissante. L’air, chargé d’une légère brise, fait danser le feuillage ; en contrebas, le grondement des cascades résonne comme une mélodie. C’est apaisant et par tous les dieux, j’en ai besoin.
Je m’assieds au bord, les pieds dans le vide. L’air est frais, porteur du parfum salé de l’océan. Puis, lentement, je me laisse tomber en arrière, et m’allonge sur la pierre tiède. À travers les feuilles des palmiers, j’observe les nuages dériver dans un ciel azur, libres, indifférents au reste du monde. Je ferme les yeux, m’abandonnant au murmure de la nature, le bruissement des frondaisons, le grondement lointain de l’eau, le chant des oiseaux. Peu à peu, la tension s’apaise.
Jusqu’à ce qu’une ombre glisse sur mon visage. J’ouvre un œil, puis l’autre. Je cligne deux fois pour être sûr. Dans un éclair, je me redresse.
— Sunsi, tu me vexes.
Ma mâchoire se serre.
— Ne m’appelle pas comme ça. Je le fixe, méfiant. Qu’est-ce que tu fais là ?
Il esquisse un sourire tranquille, comme s’il n’avait rien de mieux à faire.
— Je t’ai vu monter. Je me suis dit, pourquoi ne pas lui faire un petit bonjour ?
— Si c’est vraiment pour ça, tu peux faire demi-tour.
— Oh, allons. Maintenant que je suis là, on peut parler. Il croise les bras, faussement détendu. On ne te voit plus beaucoup, ces temps-ci.
— J’ai des choses à faire qui ne te concernent pas.
— Tu es sûr ?
Il incline la tête, le regard perçant, presque amusé.
— Tu ne peux rien y changer. Les choses doivent se dérouler comme elles ont été écrites. Alors laisse-moi m’en occuper.
Je serre les poings, la rage gronde.
— Je me fous de ce qui est écrit. Vous ne la toucherez pas. Si vous posez un doigt sur elle… je réduirai votre destinée en cendres.
Un craquement de brindilles me fait sursauter. Mon regard file vers la forêt. Pas des démons… j’espère. Je n’ai rien pour me défendre.
Une voix déchire le silence.
— Sunsi !
Kaelen surgit entre les arbres. Il s’arrête net en voyant l’autre. Son expression passe de la surprise à une méfiance glaciale.
— Merde.
L’autre esquisse un sourire satisfait.
— Bon, je vais y aller.
Il recule, son regard glisse une dernière fois sur ma poitrine, puis remonte. Un sourire se dessine.
— Je t’aurai prévenu, Sunsi. Kaelen.
Il disparaît, me laissant un goût amer et l’impression que tout vient de basculer.
Kaelen s’avance, le regard sombre, inquiet.
— Sunsi, qu’est-ce qu’il foutait là ?
Je ferme les yeux ; un poids tombe sur mes épaules. C’est fini. Plus d’échappatoire.
— Je dois la ramener. Elle n’est plus en sécurité.
Kaelen fronce les sourcils.
— Qui ça ? Qui dois-tu ramener ?
Je plante mon regard dans le sien ; mes mots le clouent sur place.
— Freya. La fille perdue du Royaume de la Lune.
Il recule d’un pas, comme frappé.
— Whoa, whoa… Attends. Tu sais où elle est ? Et… tu sais ce qui l’attend... ?
— Je la protégerai. Je lui ai promis. De toute façon, je n’ai plus le choix. Je ne peux pas la laisser loin de moi.
Son expression se durcit.
— Comment ça, t’as plus le choix ?
Je détourne le regard, puis murmure.
— On s’est croisés… dans un rêve.
Silence. Puis un simple.
— Oh…
Kaelen comprend. Et moi, je sais que le compte à rebours a commencé.