Inalia
Chapitre 1 — Un été pour nous
Aimélia Elphy · 1er des 3 chapitres offerts
8h. Bordel.
— MAMAAAAN ! Pourquoi tu ne m'as pas réveillée ?!
J’émerge en panique, le cerveau encore embrumé. Je savais qu’il ne fallait pas sortir hier soir. Rien de fou, juste une promenade avec mes amis… mais ça dure toujours des heures. La prochaine fois, quand je dirai que je rentre, il faudra vraiment que je m’y tienne.
Un petit rire m’échappe. Ouais… je n’arrive même pas à me convaincre moi-même.
— Désolée, ma chérie, tu avais l’air tellement bien… clin d’œil complice de ma mère.
Je roule des yeux. Elle m’énerve quand elle fait ça. Elle arrive toujours à me donner une leçon sans que je ne puisse rien lui reprocher. J’ai envie de râler, mais pas le temps, pas l’énergie. Je fouille désespérément pour trouver des fringues potables, attrape un pull au hasard, une veste. Un coup de peigne, de mascara, un peu de blush. Ça fera l’affaire.
— Il est où mon saaaaaaaaaaaaaaac ?!
— Dans l’entrée, ma chérie, comme d’habitude. Elle me tend une tasse. Tiens, je t’ai préparé un café à emporter.
Je saisis le tout en la fusillant du regard.
— Merci, maman, t’es un amour. Même si je t’en veux toujours de ne pas m’avoir réveillée.
— Excuse-moi, ma chérie. Mais tu me répètes sans cesse que tu es une adulte et que tu peux te débrouiller toute seule… Elle me dit ça avec un grand sourire satisfait. Alors j’ai décidé de respecter ton indépendance.
Je grogne.
— Mon Dieu, qu’est-ce que tu peux m'agacer quand tu fais ça !
— Quand je fais quoi ? dit-elle l’air faussement innocent.
— Ça. Quand t’as raison et que je peux rien dire.
— Merci de le reconnaître, ma chérie.
J’ignore sa remarque et attrape mon sac en vitesse.
— Papa est où ?
— Il est parti tôt, il avait un rendez-vous avant ses cours.
Mon père est professeur de mythologie et d’histoire de l’art dans la même université que moi, à Toulouse. Ma mère, elle, est écrivaine de fantasy, et passe ses journées plongée dans ses mondes magiques. J’ai lu tous ses livres, et franchement, elle est incroyablement douée.
— Bon, j’adorerais discuter, mais pas le temps, vu que t’as décidé de me laisser dormir.
Je lui tire la langue en riant.
— Ina…
— Je t’aime, maman ! À ce soir ! Je l’embrasse furtivement et me précipite vers la porte. Et encore merci pour le café ! Mon dieu, sans café, je serais morte.
— Ina, ne dis pas ça…
— Maman, c’est une métaphore.
Elle soupire.
— Fais attention à toi, d’accord ?
Elle m’embrasse sur le front.
— Toujours, maman. Comme d’habitude.
Mes parents sont vraiment étranges en ce moment. Depuis quelques jours, voire semaines, ils s’inquiètent pour tout. Je sais que tous les parents ont tendance à surprotéger, mais eux… ce n’était pas leur genre. Et puis, ce n’est pas comme si je ne savais pas me défendre. Grâce à Astrid, j’ai des bases solides dans presque tous les sports de combat. Je suis prête à toute situation. Un pincement au cœur me traverse.
Astrid, c'est ma sœur. Elle me manque beaucoup. Elle a toujours été ma meilleure amie… avec Idris mon frère, évidemment. Mais elle, elle est partie à seize ans pour intégrer l’école militaire de l’Air, à quatre heures d’ici. Même si on se voit pendant quelques permissions, c’est très rare. Rien à voir avec avant, quand on passait nos journées ensemble du matin au soir. Du jour au lendemain, elle a coupé les ponts. Mais elle rentre ce soir, et rien que d’y penser, je suis surexcitée.
Idris, lui, a pris un tout autre chemin. Il a étudié la naturopathie et les plantes médicinales. À l’époque, il rentrait tous les soirs. Aujourd’hui, il a ouvert son propre cabinet dans notre village. Et surtout… il voyage beaucoup. Toujours en vadrouille, à la recherche de plantes rares ou en mission pour aider des villages oubliés. Il a un don particulier, une âme incroyablement généreuse. Il s’est vite fait remarquer ici, et honnêtement… Il mérite tout ce respect.
Et moi ? Je ne sais même pas comment me définir. J’aime tout. J’adore apprendre de nouvelles choses. J’aime les activités manuelles : poterie, couture, dessin, peinture… Mais je change d’envie tout le temps, et ça… ça irrite profondément mes parents. Un sourire amusé me vient aux lèvres. Ils ont toujours espéré que je trouve ma voie. Moi… je crois que j’aime trop de choses pour n’en choisir qu’une seule.
Bon, après une heure de train et de métro, j’arrive enfin à l’université. Je ne sais toujours pas pourquoi mes parents m’ont forcée à venir ici, alors qu’il n’y a aucune spécialité qui m’attire vraiment. Je n’ai rien dit, parce que je ne sais pas quoi faire de ma vie, mais franchement… j’ai l’impression de perdre mon temps.
Et évidemment, devinez qui m’attend devant le portail.
— Coucou ma chérie, ta mère m’a dit que tu allais être en retard.
Je soupire.
— Papa… tu n’étais pas obligé de venir m’accueillir au portail. Je passe à côté de lui. Je dois y aller, je suis déjà assez en retard.
— Inalia…
— Oui ? Je me retourne à moitié.
Il prend une grande inspiration, hésite…
— Rien. Vas-y, on en parlera plus tard. Je t’aime, ma chérie.
— Moi aussi, papa. À ce soir.
Pourquoi j’ai cette impression persistante qu’ils me cachent quelque chose ?
L’université est immense, et pourtant, tout le monde sait quand je suis absente. Peut-être parce que j’ai un physique un peu… inhabituel, ou parce que mon père est prof ici. Bref, je ne passe pas inaperçue.
Après une heure de cours, je décroche déjà. J’ai toujours été comme ça, je m’ennuie vite. La voix du professeur me ramène à la réalité.
— Inalia, si je vous dérange, n’hésitez pas à me le dire.
Je sursaute.
— Oh non, non, professeur ! Désolée, j’étais… perdue dans mes pensées.
Il hausse un sourcil.
— J’avais remarqué. Concentrez-vous, s’il vous plaît. Ce n’est pas parce que votre père travaille ici que vous pouvez vous permettre plus de liberté que les autres. C’est compris ? Sérieusement ? Bordel, que je déteste quand on me dit ça… Je n’ai pas demandé à être là ! Merde.
— Oui, monsieur. Désolée.
— Puisque j’ai votre attention. Pouvez-vous nous rappeler où nous en étions ?
Ah, j’adore ces moments. Vous savez, ces moments où vous jubilez alors que vous n'avez même pas encore commencé.
— Bien sûr. Nous parlions du livre Francis Bacon, Logique de la sensation. Je redresse la tête. Bacon est un artiste profondément torturé, mais incroyablement doué pour transmettre une émotion brute. Deleuze ne fait pas une analyse historique ni une critique d’art traditionnelle. Il propose une lecture philosophique qui renouvelle notre regard sur la peinture. Au fur et à mesure que je parle, je vois le professeur se décomposer, puis, il finit par souffler. Bacon ne cherche pas à représenter une réalité objective, il déforme, exagère et intensifie pour donner accès à une expérience sensorielle pure. Sa peinture ne montre pas, elle nous fait ressentir… Un sourire se dessine au coin de mes lèvres. Et, honnêtement, ses toiles me foutent carrément la trouille.
— Le dernier commentaire n’était pas nécessaire, mademoiselle.
Ne me demandez pas comment, mais j’ai une plutôt bonne mémoire, enfin pour certaines choses. Et dans ces situations… ça me sauve.
Les journées sont longues quand je suis à l’université. Je ne parle à personne. Comme je l’ai dit tout à l’heure, mon physique a quelque chose d’inhabituel, et je pense que ça les met mal à l’aise. Honnêtement ? Ça m’arrange.
Je n’ai pas de bonnes expériences avec les relations. J’ai deux amis, mon frère et ma sœur, et ça me suffit largement. Une fois, j’ai eu un copain. J’avais 15 ans. Ça a duré quatre ans, au grand désespoir de mes parents. Et comme vous pouvez vous en douter… ça ne s’est pas très bien terminé.
Bon après trois heures de cours, ma journée est finie. Ouais l'université a un petit avantage, tu peux avoir des journées plutôt courtes. Le retour ? Mon Dieu, je crois que je ne me ferai jamais aux transports en commun. L’odeur, l’agitation, le bruit… une horreur. Heureusement, après ces longues minutes de trajet, j’ai encore dix minutes de marche. Dix minutes qui se finissent toujours par la traversée du jardin, un petit détour pour saluer les poules, et un passage obligé devant le potager d’Idris. Ce jardin est une œuvre d’art à lui seul. Je pourrais le contempler pendant des heures, mais aujourd’hui, pas le temps. Ces dix minutes se transforment en cinq, essoufflée, avec des virages à quatre-vingt-dix degrés, quatre dérapages, une branche dans la figure, mais je suis enfin arrivée à la maison. Ce n’est pas un week-end comme les autres. Déjà, c’est le premier week-end des vacances d’été, ce qui veut dire, fin d’année. Mais surtout… Celle que j’attends depuis bien trop longtemps rentre enfin. J’ouvre la porte… une vague d’émotions me submerge.
Elle est là, toujours aussi magnifique, dans un autre monde on pourrait croire que c'est un ange. Ses cheveux glissent le long de son visage comme une flamme apprivoisée, mêlant la chaleur du cuivre à des nuances plus tendres, presque irréelles de rose. Sa peau est claire, constellée de fines taches dorées, comme si le soleil avait voulu la marquer du bout des doigts avant de la laisser partir. Ses yeux… une couleur qui frôle l'irréel, un gris métallisé avec une pointe de rose, profonds, traversés d’une douceur qui donne l’impression qu’ils voient plus loin que ce monde. Quand elle me regarde, j’ai la sensation étrange d’être à la fois observée et protégée.
— Haaaaaaaaaaa ! Tu es rentrée ! Je lui saute au cou. Enfin ! Tu m’as tellement manqué !
— Moi aussi !
— Tu restes tout l’été ?
— Oui, jusqu’à ton anniversaire.
— Génial ! Et après, tu y retournes ?
Un silence.
— Je… je ne sais pas. On verra.
Elle esquive la question. Je le note, mais pour l’instant… je suis juste heureuse de l’avoir retrouvée.
— Pour l’instant, on a deux mois pour nous… Elle s’étire avec un sourire satisfait. D’ailleurs, il est où Idris ? Je suis passée à son cabinet, il n’y était pas.
— Oh, Idris… Je soupire en levant les yeux au ciel. Comme d’habitude, il est parti vadrouiller pour cueillir je ne sais quelle plante rare… et aider je ne sais trop qui. Je secoue la tête avec amusement. Il devrait rentrer d’ici trois ou quatre jours. Tu as essayé de l’appeler ?
— Non, je pensais qu’il était ici ou au cabinet. Je l’appellerai après. Elle marque une pause, me scrutant avec curiosité. Et toi, ça va ?
— Ouais, ravie que l’année soit enfin terminée… et surtout, que tu sois là.
— Moi aussi. Elle me fait un clin d’œil.
— Tu as prévu des trucs ?
— J’ai deux-trois personnes à voir… et après, on reprend l’entraînement. Un sourire espiègle étire ses lèvres.
Je lâche un faux soupir dramatique.
— Super… J’ai déjà mal rien qu’à l’idée.
Mais au fond, ça m’avait manqué... un tout petit peu.
Trois jours ont passé, et me voilà dans notre salle de sport privée, installée dans le garage de la maison. Quand Astrid a commencé à m’enseigner le combat, mes parents ont décidé de rénover l’espace. Au rez-de-chaussée, une salle de 20 m², entièrement recouverte de dalles en mousse, équipée d’un sac de boxe et de quelques machines de musculation. À l’étage, un grand espace dédié aux entraînements physiques, au combat corps à corps et aux armes. Je suis courbaturée, essoufflée, épuisée. On ne va pas se mentir… Je ne me suis pas franchement entraînée en son absence.
— FIRE ! Tu es sérieuse ?! Sa voix claque comme un fouet. Tu ne t’es pas entraînée en mon absence ?!
Ah oui, Fire. C’est le surnom qu’Idris et Astrid me donnent quand on est entre nous.
Je lève un sourcil, feignant l’ahurissement.
— Waouh… c’est exactement ce que je pensais. Je plisse les yeux d’un air faussement inquiet. Tu fais presque peur. Puis, je prends un air innocent, presque simplet, en haussant les épaules. Ben tu sais… entre l’université, les devoirs, les transports, la vie sociale… Un large sourire édenté s’étire sur mon visage. Le temps me manque un peu…
Astrid croise les bras, son regard perçant planté dans le mien.
— On peut pas se le permettre, Fire. Sa voix se durcit. Jusqu’à ton anniversaire, on va s’entraîner. Son ton est sans appel. C’est clair ?
Je lève les yeux au ciel, agacée.
— Faut se détendre, sérieux ! Je secoue la tête. T’es en train de devenir comme maman et papa, à voir le mal partout. Rien ne va m’arriver, c’est quoi votre problème ?
Elle soupire, hésite. Puis, d’un ton plus doux :
— C’est juste que… Elle marque une pause. Je veux être sûre que tu puisses te défendre. Que tu sois en sécurité. Même seule.
Je la regarde, un instant, silencieuse.
— Je sais. Ma voix se radoucit. Et je te reproche rien. Puis je prends une longue inspiration et change de sujet. Allez, passons. Ça te dit une pause-café ? Je lève un sourcil, malicieux. Après, promis, on s’y remet avec un petit combat à l’épée. Ça marche ?
Elle me jauge une seconde, puis soupire.
— Ça marche.
On enfile nos chaussures, et on sort du garage. Et devinez qui on croise. Notre cher frère nous fait l’honneur de sa présence. Si je devais le décrire, la première chose qui marque les gens c'est son regard, clair, presque irréel, comme une lueur vivante, je le compare souvent à une luciole. Sa peau sombre capte la lumière avec douceur, et quelque chose en lui dégage une force tranquille, maîtrisée, profondément rassurante. Dans un autre monde, on dirait un gardien. Pas une menace, une présence. De celles qui veillent sans bruit… et qu’on écoute instinctivement.
— Enfin de retour !
Astrid sourit en voyant une ombre familière s’approcher.
— Oh, Astrid ! Idris ouvre grand les bras avant de la serrer contre lui. Tu es rentrée, enfin ! Jusqu’à quand ?
Astrid prend un air plus sérieux.
— Jusqu’à son anniversaire.
Un silence. Idris se racle la gorge, un brin gêné.
— Ah oui… son anniversaire. Il hésite un instant, puis retrouve son sourire. Cool, ça nous fait deux mois pour en profiter !
Il nous observe tour à tour avant de demander :
— Vous partez quelque part ?
Je reprends la conversation avec un sourire en coin.
— Ouais, on va au "Fil du Temps" boire un café. Tu viens avec nous ?
Il lève un sourcil, faussement vexé.
— Tu me poses vraiment la question ?
— D’accord, d’accord. Je lève les mains en signe d’innocence.
— Je pose mes affaires au cabinet et je vous rejoins. Il nous adresse un clin d’œil avant de partir en trottinant.
Après vingt minutes de marche, nous y voilà. Mon sanctuaire. Le Fil du Temps.
Rien que son nom me fait sourire. Il colle parfaitement à l’endroit. Niché au cœur du village, il se fait remarquer sans en faire trop, avec sa façade en pierre couverte de lierre et de glycine qui cascade comme une chevelure sauvage. À chaque saison, le décor change. Et pourtant, tout reste familier. L’enseigne en bois, un peu usée, oscille doucement sous la brise comme pour nous souhaiter la bienvenue. Devant, quelques tables en fer forgé et leurs chaises assorties attendent les habitués ou les âmes perdues qui ont juste besoin d’un café chaud et d’un coin tranquille.
Dès qu’on pousse la porte, c’est comme si le monde ralentissait. La lumière est douce, tamisée, presque dorée. Le parquet grince sous les pas, un son que j’adore, va savoir pourquoi, et l’odeur du café fraîchement moulu me saute au visage. Je pourrais la respirer pendant des heures. Le mobilier en bois, les coussins brodés à la main, les fauteuils un peu usés mais tellement confortables… tout ici me parle. Et ce vieux poêle en fonte dans le coin ? En hiver, il transforme cet endroit en cocon. Je viens m’y réfugier avec un bon bouquin ou juste pour rêver un peu.
Sur les murs, des bibliothèques pleines de livres usés par le temps qui attendent qu’on les ouvre, comme s’ils savaient qu’un jour, quelqu’un aurait besoin exactement de leur histoire. Et puis, il y a les horloges. Des dizaines, toutes arrêtées à des heures différentes. Comme si le temps s’était volontairement suspendu ici, juste pour nous foutre la paix.
Mais le plus beau… c’est l’arrière. La terrasse secrète, bordée de plantes aromatiques, éclairée le soir par des guirlandes de lumière qui dansent doucement dans le vent. L’été, c’est un rêve. Le murmure des conversations s’entremêle avec le chant des grillons. On s’installe pour dix minutes, on reste des heures. Toujours.
Cet établissement est dirigé par Annabelle. Une femme d'une quarantaine d'années, aux longs cheveux châtain foncé souvent relevés en un chignon lâche, laissant échapper quelques mèches rebelles. Ses yeux, d’un brun profond, semblent toujours deviner les pensées des autres avant même qu’ils ne les expriment. Elle porte souvent un tablier en lin noué autour de la taille, et de délicates boucles d’oreilles anciennes, qui se fondent à merveille dans le décor.
— Coucou Annabelle, comment vas-tu ? Je lui adresse un sourire en poussant la porte du café.
Derrière le comptoir, Annabelle lève les yeux de son carnet, un sourire chaleureux aux lèvres.
— Coucou Inalia ! Je vais bien, merci. Son regard se pose sur Astrid et s’illumine tout de suite. Oh, bonjour Astrid, Enfin de retour. Tu as beaucoup manqué à Inalia.
Je lève les yeux au ciel, faussement agacée.
— Oh, ça va, n’exagère pas.
— Ne boude pas. Moi aussi elle m'a beaucoup manqué.
Astrid ricane et s’appuie contre le comptoir.
— Je suis revenue, c’est l’essentiel.
Annabelle jette un coup d'œil derrière nous.
— Et Idris ? Il est passé où ?
— Il ne va pas tarder. Astrid répond en s’étirant. Il est passé par son cabinet.
Comme si on l’avait invoqué, une silhouette apparaît à l’entrée du café. Astrid lève la main avec un sourire malicieux.
— Tiens, en parlant du loup…
Idris nous rejoint d’un pas tranquille.
— Bonjour Annabelle.
— Bonjour Idris. Elle lui adresse un sourire complice avant d’enchaîner. Je vous sers comme d’habitude ?
— Oui, s’il te plaît.
Annabelle hoche la tête et récite notre commande avec cette précision qui nous impressionne toujours.
— Alors… un chocolat chaud à l’ancienne pour notre doux Idris, un café aux épices pour notre guerrière Astrid et un latte au miel et à la vanille pour notre tendre…
Elle s’arrête net, son expression change, un éclair d’inquiétude traverse ses yeux.
— Et mince… elle souffre légèrement. Je suis désolée, Inalia.
Le silence s’installe brièvement. Je fronce légèrement les sourcils avant de comprendre.
— Désolée de… Oh.
Je baisse la tête.
Christopher.